Bloody, un des fantôme de ma vie

19 ans, je venais de m’installer durablement dans squatte. Petit entrepôt abandonné au bord de Paname. J’étais la seule fille assez barrée pour vivre là avec 4 ou 5 mecs complètement déchirés à longueur de journées. Mais en même temps c’était des types adorables dans l’ensemble, quand ils n’étaient pas trop en manque. L’un d’eux c’étais Bloody, un grand brun aux yeux bleus, punk bien entendu. Un look qui m’attirait forcement, jean crade et destroy, blouson dépouillé, le A d’anarchie dans le dos, la crête bleue, ou noire, ou même rouge suivant l’humeur, la dope, le temps.

J’avais confiance en lui, parce qu’il avait partager sa dope avec moi un jour de disette. Parce qu’il était souvent, doux, il avait refusé à plusieurs reprises de coucher avec moi pour le rembourser de la dope que je lui prenais.

Avec lui je n’étais pas obligé d’écarter les cuisses pour avoir ma dose. Alors naturellement j’ai succombé. J’aimais sa façon de me prendre dans ses bras, j’aimais sa façon de m’ignorer pour jouer les durs devant ses potes. C’était pour moi un homme un vrai, le deuxième que je rencontrais avec Mika.

Les premiers mois ont été incroyables. Pour la première fois je me sentais protéger. Personne ne pouvais plus me toucher, il était mon armure, ma cuirasse. La dope était notre quotidien, la plupart du temps on cherchait des moyens d’avoir de la tune, des moyens pour négocier au meilleur prix la meilleur dope.

Et puis un soir, une dose mal calculée, mal coupée, une première OD, ma première overdose. Perte de connaissance, douleur infinie dans la poitrine. Les pompiers, les flics, arrêt cardiaque, électrochoc. Et on m’écarte de Bloody pour quelques semaines.

Quelques semaines pour se remettre, quelques semaines de souffrances sans dope, à peine un calmant par jour. Et puis on me relâche dans la nature.

Retour au squatte, toujours les même personnes, je retrouve ma famille. Sur le pas de la porte je les regarde tous. Il manque Bloody. Les regards vont faire le fond, je regarde aussi. Je l’aperçois, seul sur un vieux matelas. Il est stone complètement, comme d’habitude.

Je m’approche, je suis méconnaissable, j’ai besoin d’une dose. Je l’embrasse, il réagis à peine. Puis il se redresse me regarde, il a quelque chose de moins dans son regard ou plutôt de plus, de la colère presque de la haine.

Il me dit calmement, j’ai pris ta place j’ai fait le tapin pour des nanas au début et puis pour des mecs. Je me suis vendu parce que tu n’étais plus là.

Les larmes coulaient sur mes joues sans bruit, à cause de moi il avait été obligé de se sacrifier, j’en était horrifié. Pour moi me vendre était simple je vendais ce qu’on m’avais pris pendant des années, je le faisais de façon consentante pour nous faire vivre.

Je le suppliais de me pardonner et de me faire mon fix, il devait le faire s’il voulait me faire mal j’étais à sa disposition. Mais il ne me fit aucun mal.

Un fix puis l’amour. Mais plus comme avant, la douceur avait disparu de ces gestes. Il me baisait par colère. Plus rien ne serait plus comme avant.

On ne partagerais plus les doses équitablement, il était redevenu un toxico normal, égoïste,  on était devenu un couple de toxico classique, un trio infernal où le plus important pour l’autre s’était la dope.

6 Réponses to “Bloody, un des fantôme de ma vie”

  1. Difficile de penser qu’il t’en voulait… Ce n’était pas ta faute … Mais les fantôme ont la vie dure surtout pour venir nous hanter

  2. @Mél: Oui surtout lui…

  3. M.a.n.g.o.n Says:

    Ils ont croisé nos vies, posé une pierre ou un grain de sable, leurs visages réapparaissent lorsque nos émotions l’exigent, le plus flippant c’est peut etre lorsqu’aucun nouveau visage ne revient depuis des années.

  4. @Mangon: Disons qu’en ce moment je me penche plus sur mon passé, que les fantômes se font plus présets, surtout lui….

  5. J’ai découvert ton blog il y a peu de temps, depuis, dès que je peux, je viens lire les souvenirs et les pensées que tu racontes.
    Je n’ai jamais osé écrire dessus et pourtant, chaque fois que je lis un de tes posts, je n’arrête pas d’y reflechir ou même de ne pas en dormir (arrivé la première fois que j’ai lu les bribes de ton histoire).

    Même là, je ne vois pas trop ce que je pourrais te dire (tu peux tellement te montrer sévère vis à vis de toi et des autres), je voulais juste peut être te faire part de la dernière réflexion que j’ai eu en lisant cette dernière histoire.
    jJai eu cette impression en voyant à quel point la drogue avait infiltré ta vie et ton identité propre, si finalement tu n’avais pas été soumise, dès le départ, à la contrainte et au service d’un « Autre », aujourd’hui la drogue, hier ton agresseur, et qui ont eu, depuis, toujours raison de toi.

    En tout les cas, peu importe les pensées qui me viennent, ton histoire me touche énormément et en même temps elle tue par sa violence et notre impuissance.

  6. @Yasmina: Bienvenue chez moi. Merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :